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Contamination of marine fauna by chlordecone in Guadeloupe: evidence of a seaward decreasing gradient

29 mai 2017
Article à la Une
Lundi, Juin 5, 2017 - 08:00
Isabelle MOUAS

Contamination of marine fauna by chlordecone in Guadeloupe: evidence of a seaward decreasing gradient. Charlotte R. Dromard & Mathilde Guéné & Yolande Bouchon-Navaro & Soazig Lemoine & Sébastien Cordonnier & Claude Bouchon.  Environ Sci Pollu Res (2017). DOI: 10.1007/s11356-017-8924-6

La chlordécone est un insecticide organochloré, utilisé aux Antilles jusqu’en 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Son utilisation sur les parcelles agricoles du sud de la Basse Terre, en Guadeloupe, a entraîné une contamination des sols, des rivières et du milieu marin pour plusieurs centaines d’années, du fait de sa forte rémanence dans le milieu naturel.

En 2013, un programme de recherche intitulé « CHLOHAL » a été mis en place pour étudier la contamination des organismes marins par la chlordécone. En Guadeloupe, les sites de Goyave et de Petit bourg ont été choisis pour mesurer le niveau de contamination des organismes tout au long de la chaîne alimentaire. Ces deux sites sont situés au pied des bassins versants contaminés, dans une zone où la pêche est règlementée (restriction partielle de pêche) du fait de la présence de chlordécone dans les produits de la pêche à un niveau supérieur à la limite maximale autorisée pour leur commercialisation (LMR = 20 μg.kg-1).

Un des objectifs du programme était d’étudier le niveau de contamination des organismes selon leur niveau trophique. Sur ces deux sites, une attention particulière a été prise lors de l’échantillonnage afin de collecter des animaux et végétaux occupant différents niveaux dans la chaîne alimentaire. Ainsi, des échantillons de matière en suspension (MES qui inclut le phytoplancton), de macroalgues, de poissons herbivores, de crustacés détritivores, de poissons zooplanctonophages, de poissons carnivores de premier ordre (mangeurs d’invertébrés), de poissons carnivores de deuxième ordre (mangeurs d’invertébrés et de poissons) et de poissons piscivores ont été collectés. La concentration en chlordécone a été mesurée pour chaque individu pêché. Ces prélèvements ont été réalisés dans trois habitats caractéristiques des milieux marins tropicaux : les mangroves, les herbiers de Magnoliophytes marins et enfin, les récifs coralliens. Les mangroves sont situées en bordure de côte, les herbiers sont localisés entre la côte et les récifs, qui sont situés en moyenne à 3 km du littoral.

Une partie des échantillons collectés a été analysée pour mesurer le niveau de contamination des organismes marins selon leur distance à la côte, c’est-à-dire selon leur éloignement à la source de pollution (embouchures des rivières et interface terre-mer). Pour cela, 205 échantillons (113 à Goyave et 92 à Petit bourg) ont été extraits de la base de données. Ces échantillons concernent des catégories trophiques présentes dans les trois habitats (mangrove, herbier et récif) pour permettre une comparaison homogène des données. 

Les concentrations en chlordécone mesurées dans ces organismes s’échelonnent de 1 μg.kg-1 (le seuil de détection) à 1034 μg.kg-1. Un gradient côte-large de la contamination a été mis en évidence entre les échantillons provenant des trois habitats. Les organismes provenant des mangroves, toutes espèces confondues, sont les plus contaminés, avec une moyenne de 193 μg.kg-1 à Goyave et de 213 μg.kg-1 à Petit-bourg. Les échantillons collectés dans les herbiers présentent une concentration moyenne en chlordécone intermédiaire de 85 μg.kg-1 à Goyave et de 107 μg.kg-1 à Petit bourg. Enfin, les échantillons provenant des récifs coralliens sont les moins contaminés (71 μg.kg-1 à Goyave et 74 μg.kg-1 à Petit bourg). Ainsi, les échantillons collectés à 3 km de la côte, dans les récifs, présentent des concentrations moyennes en chlordécone 2 à 3 fois plus faibles que ceux prélevés en bordure de côte, dans la mangrove. Cependant, le niveau mesuré reste largement supérieur à la LMR acceptée pour la consommation et la commercialisation des produits de la mer (20 μg.kg-1).

Ce gradient de contamination n’a pas été observé pour toutes les catégories trophiques étudiées. Par exemple, à Goyave, la différence de contamination entre les habitats a été démontrée statistiquement pour la MES, les macroalgues, les crustacés détritivores, les poissons zooplanctonophages et les poissons carnivores de deuxième ordre. Ce gradient côte-large n’a pu être confirmé de façon statistiquement significative pour les poissons herbivores, les poissons carnivores de premier ordre et les poissons piscivores. À Petit bourg, seuls les poissons carnivores de deuxième ordre ne présentent pas de gradient de contamination statistiquement significative entre les habitats.

En conclusion, en considérant l’ensemble des données, un gradient côte-large est avéré entre les concentrations en chlordécone des organismes marins étudiés. Il existe une dilution de la contamination des mangroves vers les récifs, cependant le niveau de contamination reste élevé à 3 km des sources de pollution.  Ces résultats suggèrent également que la voie de contamination par « bain » des organismes prime sur les phénomènes de bioamplification le long des chaînes alimentaires.

Mots-clés : chlordécone, réseau trophique, gradient côte-large, faune marine

ContactCharlotte Dromard, ingénieure de recherche à l'Université des Antilles, dans le laboratoire Dynecar, au sein de l'équipe 1 de l'UMR BOREA, cdromard@univ-antilles.fr