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[Brève IRD le Mag] Pister les poissons en Amazonie

19 juil 2019
Médias
Jeudi, Août 1, 2019 - 08:00
Isabelle MOUAS

Pister les poissons en Amazonie

IRD le Mag, 18.07.2019

Comment savoir si un Pirarucu, poisson emblématique de l’Amazone et espèce protégée, a été pêché en zone interdite ? Réponse : en étudiant les anneaux de croissance de son oreille interne ! 

Peut-on connaître l’origine d’un poisson vendu sur les berges du plus grand fleuve du monde, l’Amazone ?  Oui, en étudiant ses écailles mais surtout une des plus petites pièces de son squelette, l’otolithe ! À l’instar des cernes d’un arbre, ces concrétions de l’oreille interne conservent des marques temporelles enregistrées au cours de la vie du poisson. Les ichtyologues à l’IRD Marc Pouilly et Fabrice Duponchelle étudient la composition géochimique de ces anneaux de croissance - et notamment les variations des signatures isotopiques du strontium et du carbone - pour déterminer l’origine géographique de pirarucu (Arapaima spp.) commercialisés. En effet, ce grand poisson d’eau douce, espèce emblématique du patrimoine amazonien, est très apprécié des populations locales, au point d’être en voie d’extinction. Pour le protéger, des élevages et un système de contrôle des pêches ont été mis en place. Connaître son origine géographique permet ainsi de savoir s’il a été pêché ou non dans une zone interdite ou s’il a grandi dans une ferme aquacole.

« Le rapport isotopique du strontium est différent d’une rivière à une autre, ce qui permet de reconstruire la provenance géographique du pirarucu, explique Marc Pouilly. Le carbone, lui, trace l’origine des aliments des poissons qui sont a priori différents en milieu naturel et en pisciculture. » Problème : certaines fermes nourrissent leurs poissons avec des rations alimentaires semblables à celles du milieu naturel. Dans ce cas, le carbone ne permet pas de déterminer correctement s’il s’agit d’un poisson sauvage ou d’élevage.
Les chercheurs s’attellent désormais à leur nouvel objectif : trouver d’autres marqueurs géochimiques qui amélioreront le traçage du pirarucu.  

Note :
1. Luciana A. Pereira, Roberto V. Santos, Marília Hauser, Fabrice Duponchelle, Fernando Carvajal, Christophe Pecheyran, Sylvain Bérail and Marc Pouilly.  Commercial traceability of Arapaima spp. fisheries in the Amazon basin: can biogeochemical tags be useful ?  Biogeosciences, 26 avril 2019 ; doi : 10.5194/bg-16-1781-2019

ContactMarc Pouilly, pouilly@ird.fr

Les pirarucu élevés en ferme aquacole peuvent atteindre 300 kilos et 4,5 mètres de long. © IRD/Jésus Nunez