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Global biogeographical regions of freshwater fish species

3 sep 2019
Article à la Une
Lundi, Octobre 7, 2019 - 15:15
Isabelle MOUAS

Les provinces de poissons d’eau douce du globe définies pour la première fois

Pendant près de 200 ans, les géographes de la biodiversité ont séparé les continents en grandes provinces qui reflètent des faunes et flores différentes sur la base des mammifères, oiseaux, plantes, reptiles et amphibiens. Dans cette étude parue dans le Journal of Biogeography* impliquant des équipes du laboratoire Biologie des Organismes, Ecosystèmes et Populations Aquatiques (CNRS/MNHN/Sorbonne Université/IRD/Université Caen Normandie/Université des Antilles), du laboratoire Evolution et Diversité Biologique (CNRS/IRD/Université Paul Sabatier), MARBEC (CNRS/IRD/IFREMER/UM) et de l’Université de Brasília, des chercheurs ont délimité pour la première fois les provinces globales de poissons d’eau douce. Leurs résultats indiquent que les poissons d’eau douce ont les faunes les plus originales de tous les vertébrés continentaux.

Il y a près de deux siècles, Philip Lutley Sclater et Alfred Russel Wallace divisèrent le monde des oiseaux et de mammifères en six grandes provinces géographiques, appelées régions biogéographiques : le Néarctique (Amérique du Nord), le Néotropical (Amérique Centrale et du Sud), le Paléarctique (Europe, Asie et Nord de l’Afrique), l’Ethiopien (Afrique sub-Saharienne), l’Oriental (Asie du Sud-Est jusque Sulawesi) et l’Australien (reste de l’Indonésie et Australie). Chacune de ces régions était considérée distincte parce qu’elle contenait un grand nombre d’espèces endémiques, c’est-à-dire vivant exclusivement au sein de cette région. Depuis, ces régions ont été testées et validées avec les techniques et données modernes sur les plantes, mammifères, oiseaux, amphibiens et reptiles. Cette division du monde en grandes régions biogéographiques s’explique par l’apparition de barrières au cours des temps géologiques – océans, montagnes, climat – qui ont séparé les faunes et flores et les ont fait évoluer distinctement. Ainsi, ces régions servent de base de compréhension pour de très nombreux travaux en écologie et évolution. Cependant, les poissons d’eau douce, le dernier grand groupe de vertébrés continentaux, n’avaient pas encore été étudiés, ce qui a poussé les chercheurs à s’intéresser à leur cas. Contrairement à leurs homologues terrestres, les poissons d’eau douce ne peuvent pas sortir des rivières, ce qui a poussé les chercheurs à poser l’hypothèse que les faunes de poissons d’eau douce seraient composées de beaucoup plus d’espèces endémiques que celles des autres groupes de vertébrés continentaux, ce qui aboutirait à de nombreuses petites régions.

Dans leur étude, les chercheurs ont défini pour la première fois les régions biogéographiques de poissons d’eau douce. Contrairement à leur hypothèse, ilsont démontré qu’il existe bien des grandes régions chez les poissons d’eau douce, même si celles-ci n’ont pas tout à fait les mêmes limites que celles des autres groupes. Néanmoins, ils ont également démontré que les taux d’endémisme des poissons d’eau douce étaient les plus élevés parmi tous les vertébrés continentaux.

Ils ont montré que le monde des poissons d’eau douce est avant tout divisé en deux super-régions continentales : le Nouveau Monde (les Amériques) et l’Ancien Monde (Eurasie, Afrique et Océanie). Chacune de ces régions contient plus de 5 500 espèces de poissons strictement d’eau douce, et il n’y a que deux espèces que l’on peut trouver simultanément à l’état naturel dans ces deux super-régions ! Ensuite, ces deux super-régions se divisent en six grandes régions similaires à celles de Wallace, avec quelques différences : la région Ethiopienne des poissons couvre l’entièreté de l’Afrique jusqu’à la Méditerranée, et la région appelée Sino-Orientale occupe la plupart de l’Asie. Ainsi, les poissons d’eau douce ont eu, peu ou prou, la même histoire que les autres vertébrés continentaux. Cependant, les chercheurs ont observé que dans la plupart des régions de poissons d’eau douce, il y avait plus de 96 % d’espèces endémiques, des taux largement plus élevés que chez les autres vertébrés continentaux (oiseaux : 11-84% ; mammifères : 31-90% ; reptiles et amphibiens : 46-95%). Ces taux extrêmes d’endémisme suggèrent que les poissons d’eau douce sont le groupe de vertébrés continental aux faunes les plus originales et donc particulièrement sensibles aux changements globaux, ce qui doit nous alerter quand on sait que, par exemple, une espèce sur cinq de poisson d’eau douce est menacée en France.

Mots clés : biogéographie, poissons d’eau douce, endémisme

Référence

Global biogeographical regions of freshwater fish species. Leroy B., M. S. Dias, E. Giraud, B. Hugueny, C. Jézéquel, F. Leprieur, T. Oberdorff, P. A. Tedesco. Journal of Biogeography, 2019 (sous presse). DOI: 10.1111/jbi.13674

Contact BOREA :
Boris Leroy, boris.leroy@mnhn.fr